Me voici de retour à Paris, après un mois de voyage en Thaïlande. mon premier pas en Asie. me voici remplie de tant de beautés que je ne sais pas comment les intégrer toutes en moi. peut être sont elles déjà en moi, simplement activées et désactivées selon les contextes, les personnes, les instants?
je m'étais bien habituée à cette humanité beige-dorée. cela me fait bizarre de retrouver les parisiens, mais je ne les trouve pas si mal finalement, presque fragiles derrière leurs lunettes de soleil (j'aime cette période de l'année où les parisiens éclosent comme des crocus, emmitouflés dans leurs manteaux d'hiver, avec un air de défi au Printemps...), polis, s'excusant presque de respirer... il y a eu un sacré contre-coup de crise à l'arrogance.
j'ai regardé, vu, senti, touché, ressenti et parfois même compris tellement de beautés en un mois de temps que j'en suis nourrie, profondément. c'est comme si j'avais été massée du cerveau, tout ce temps, comme si ce monde nouveau et pourtant familier avait construit une digue solide qui repousse les blessures inutiles. comme je l'écrivais hier à une amie, je ne savais pas ce que j'étais partie y chercher, mais c'est en remplissant les vides que j'en ai pris conscience.
tout d'abord, je me suis fait contaminer par la couleur. enfin! je comprends que j'entretiens moi aussi un lien avec la couleur, et ce pays me l'a tout simplement révélé, par la force! impossible de passer au travers, tout est dans un sens de la "surcharge" au sens de l'ajout systématique, de l'évitement de l'accord "parfait" (au sens asceptisé, trop contrôlé). toutes ces couleurs qui peuvent nous sembler exagérées voire artificielles existent réellement partout dans l'environnement, dans la nature : des roses fushia explosifs, des verts presque fluorescents, des rouges saturés, des bleus turquoises profonds, des oranges veloutés... tout s'accorde puisque tout se place au même plan, tout simplement. ça explose, dans la grâce, les harmonies sont des chocs, des frottements, des rencontres de sensations... du coup, j'ai acheté des kilos de tissus traditionnels thaïlandais pour illuminer ma maison, et j'ai fait le tri de mes pulls noirs en rentrant. je veux aussi exister et m'exprimer en couleurs. une vraie révolution!
ensuite, et parallèlement, j'ai vécu une très belle aventure humaine. mon contact avec les gens (en dehors des chauffeurs de taxi de Bangkok qui sont toujours au bord de la crise de nerfs) a toujours été franc, sensible, direct, et souvent drôle. je fais rire les femmes thaï, c'est un fait. elles regardent la couleur de ma peau avec une pointe de curiosité (nous avions souvent la même!), me sourient largement, et la complicité est immédiate. elles me trouvent "bizarre" mais je dois leur renvoyer une autre image de l'étranger dont elles ont l'habitude. je suis un corps presque familier, comme intermédiaire, une nouvelle proposition qui a semblé leur plaire!
cette culture semble avoir une forte capacité à intégrer les "bizarreries". la société est très variée, complexe, quand on y regarde de plus près : les types de physiques, les identités sexuelles indéfinies, les couches sociales qui cohabitent directement dans les mêmes espaces, la culture mondialisée et les traditions (shopping centers / amulettes et photos du roi), les limites floues entre le privé et le public... tout cohabite et s'assemble. n'étant pas moi-même parfaitement "au carré", je m'y suis sentie à l'aise, à ma place. c'est aussi une culture indépendante, solide, qui a développé, comme la France, cette résistance naturelle par la sauvegarde de ses codes, arts et habitudes alimentaires. d'ailleurs, les français y ont bonne presse (plus pour le football, mais les chefs thaï que nous avons rencontré étaient tous passionnés de gastronomie française, ce qui a grandement facilité les contacts).
ce voyage m'a aussi profondément fait réfléchir sur ma propre culture d'origine (mais qui reste finalement partielle, j'y reviendrais une autre fois). on apprend et comprend beaucoup de la culture occidentale (et mondiale) quand on la voit faire du tourisme. même si c'est un système où chaque partie, touristes et professionnels locaux, y trouve son compte, certaines scènes et habitudes touristiques mettent mal à l'aise. et ce, des deux côtés.
les abus et les prises en otage des touristes par un système qui les arnaque avec le sourire ont quelque chose de révoltant (comme cet appartheid de prix d'entrée de certains sites, par exemple, tout bonnement scandaleux). de l'autre côté le tourisme sexuel et l'import forcé d'habitudes et de produits qui entâchent des cultures et des environnements superbes sont tout aussi violents. peut-être deviennent-ils insupportables quand on est issu de la culture post-colonialiste à l'origine de ce tourisme de masse et que l'on participe momentanément à tout ce cirque en en ayant fortement conscience.
(à suivre...)
Good post.
Rédigé par: Eternity | 22 avril 2009 à 11:54