Au cours de mes voyages prolongés à Bruxelles et à Berlin, ces trois dernières années, je n'ai pas seulement exploré, réfléchi et travaillé (écrire, créer des images), j'ai aussi accumulé des objets. quand on s'installe de cette manière dans une ville que l'on aime, on en vient assez naturellement à chiner, tout d'abord en réponse à des besoins, puis par simple plaisir, coups de coeur, collectionnite aigüe...
à Bruxelles, ville idéale pour les amateurs de marchés aux puces et de vintage, j'ai accumulé quelques meubles et de la vaisselle rétro. en rentrant à Paris, j'ai tout emporté, y compris ce canapé deux places, négocié à l'Armée du Salut pour un prix dérisoire et qui aurait du rester en Belgique si je ne m'y étais pas profondément attaché... ce joli canapé en cuir marron m'a offert parmi mes plus belles siestes, et je ne pouvais pas m'en séparer comme d'un vulgaire... objet.
Bruxelles m'a offert aussi de grands moments de joie simple et absurde, avec les boutiques Les Petits Riens (équivalent d'Emmaüs, en bien mieux organisé!) grace auxquelles j'ai débuté de mini-collections d'objets, par style (la vaiselle années 50, les coquetiers aux couleurs flash), ou par thématiques (les verres à shot, les animaux de faïence blanche, mon premier pas dans la kitsherie, je ne m'en séparerais jamais!).
heureusement, tout est rentré dans le camion de déménagement, et tout est aujourd'hui stocké chez mes parents, dans des boîtes et des cartons. très peu de choses sont aujourd'hui utilisées dans mon quotidien, à Paris. signe de mon inconstance géographique? symbole de ma fuite perpétuelle loin de la France? dans ma chambre d'enfance, on trouve aussi quelques livres (mes inséparables, ceux qui ont survécu aux différentes crises de reventes, les balises de ma vie de lectrice), quelques cartons de vêtements et de chaussures (après ménage par le vide), mes archives de cours universitaires, deux grands cartons à dessins (avec mes premiers travaux, de mes 7 à mes 17 ans environ), la grande valise à appareils photographiques (où dorment gentiment Siegfried, Agathe et le Pola-sans-nom) et les meubles de ma grand-mère.
au décès de ma grand-mère Jeanne, j'ai été la seule de tous ses petits-enfants et arrière petits-enfants à "hériter" directement d'objets de sa maison. cela a fait grincer quelques dents, mais je suis heureuse que cela n'ai pas plus porté à discussion. j'ai donc hérité des meubles du salon de la maison d'Aurillac où ma grand-mère a passé une bonne partie de sa vie, entre la fin de la guerre et sa mort. elle et son mari les avaient fait fabriquer chez un artisan de la rue du Faubourg Saint-Antoine, juste au moment de leur mariage.
ce ne sont pas des meubles très précieux, mais j'y suis fortement attachée : le grand miroir au plomb me fascinait quand j'étais petite, je le trouvais très beau dans sa lourdeur, la profondeur de son éclat, les volutes de bois de son cadre; la grande table de bois massif était toujours recouvert d'une nappe et d'une mousse de protection, j'y passais beaucoup de temps, enfant, protégée dans ma "cabane". comment aurais-je pu laisser cette table à quelqu'un d'autre? la maison a été vendue il y a bien longtemps, ces meubles - surtout la table et les deux grands bahuts - sont mes seuls souvenirs d'enfance concrets qui me restent.
à Berlin, l'année dernière, j'ai chiné d'étranges objets qui m'attendent toujours là-bas : un ancien tourne-disque et une boîte lumineuse des annés soixante. tous ces objets chinés et récupérés sont tout ce que je possède et je viens de me rendre compte qu'ils pourraient parfaitement meubler une maison. en y pensant, ils constituent le contenant nomade d'une maison à venir. j'aimerai, en cette nouvelle année, les rassembler dans un lieu que je pourrais appeller Ma Maison, bien que je ne sache pas encore où elle pourrait se trouver (Berlin?). j'imagine les difficultés d'organisation, le camion plein, le risque que constitue le choix d'un point fixe où résider, mais l'idée s'impose à moi, avec une certaine joie. après tous ces voyages, peut être est-ce la réponse à mes questions de ces derniers mois, de ces trois dernières années...?
ps : je vous souhaite à tous et à toutes une merveilleuse année 2009, pleine de constructions, de projets réalisés et de questions surprises... ! with love.
J'ai hâte que ta maison-musée existe. Ce sera vraiment un lieu spécial. Parmi mes possessions les plus précieuses j'ai des objets peu précieux venus de mon arrière-grand-mère (elle s'appelait Jeannine !). Je comprends très bien le prix immense que peuvent avoir de tels legs.
Rédigé par: leclubdustyle | 09 janvier 2009 à 11:23