Barack Obama n'est pas noir.contrairement à ce que les média du monde entier peuvent écrire à l'envi, cet homme n'est pas noir, je ne suis pas noire, le métissage est "autre chose" qu'une des deux couleurs qui composent le mélange.
un métis ou une métisse est une personne issue d'un mélange génétique. a y regarder de plus près, nous sommes donc tous métis, mais il s'agit d'une catégorie raciste qui a encore une importance fondamentale. le fait d'identifier un métis comme "noir" est le comble de cette catégorisation racistes des personnes "autres".
Barack Obama est un homme politique, avant tout. bien entendu, sa couleur de peau est inédite dans ce contexte de campagne présidentielle américaine et c'est cette situation innatendue qui révèle le racisme de l'Occident. en précisant sans cesse que ce candidat est noir, on fait non seulement fausse route, mais on montre toute la perversité du racisme occidental.
la société de castes (sociales, raciales, ...) américaines a besoin de ce qualificatif pour le mettre dans une case déjà établie, car elle fonctionne justement sur ce principe d'exclusion / intégartion : en tant que métis, on n'appartient à aucune caste pré-établie historiquement. en fait, le métis ou la métisse est l'aveu de l'impuissance du système de castes, la preuve de son inexistance factuelle, le signe encore honteux de sa faiblesse : il existe des "bâtards", des êtres qui naissent de l'union de personnes que l'on ne destinait pas à s'unir. il a fallu créer une catégorie pour nommer et identifier ces personnes qui défient les lois de la morale et de la logique. les métis sont des bâtards "visibles", puisqu'il s'agit de stigmatiser la différence de couleur de peau entre les parents, mais aussi "à stigmatiser" au cas où les plus clairs d'entre eux puissent passer pour des blancs (ou des noirs) - donc rester "invisibles".
le mot "métis" est donc à la fois un mot qui marque et qui efface la différence. c'est un mot qui définit un paradoxe, des paradoxes, et en cela, sa place dans la culture occidentale est aussi inatendue que la chose qui en a necessité la création. il est quasiment impossible de faire survivre un paradoxe dans la pensée rationnelle occidentale. le système de castes est tout aussi rigide dans cette cognition culturelle : on est noir OU blanc. ainsi, Barack Obama est noir, même si il est issu d'un mélange.
quand on est (naît) métis(se), on n'a pas le choix de sa couleur, elle est déterminée par le contexte (par rapport à un environnement blanc, ou noir). ce contexte nous place automatiquement dans la case "autre", et pour aller au plus simple, dans la case "nègre" (ou "chinetoque", ou "arabe", ...etc), car la société primitive des enfants ne s'embarasse pas de détails. à l'enfance et sa catégorisation sauvage que l'on accepte malgré soi, s'ensuit la très lente prise de conscience de sa propre identité.
faire un choix de couleur, pour un(e) métis(se), revient à faire un choix sur son origine/identité, entre la couleur de son père et celle de sa mère. cela revient à demander de faire un choix que l'on ne demande à personne d'autre. il ne viendrait à l'esprit de personne de dire à un petit français blanc breto-landais : "tu es breton OU landais". personne n'a en général à faire ce choix, et c'est pourtant ce que l'on demande aux enfants métis "visibles". en fait, être métis n'est pas complexe en soi, c'est d'accepter ou non d'être catégorisé par la couleur d'un de ses parents, comme si on était issu d'un seul des deux. il s'agit d'une absurdité biologique qu'on nous renvoit indirectement à la figure. il fallait bien une catégorie absurde pour signifier l'inacceptable.
avec le temps, beaucoup de temps, j'ai fini par accepter le paradoxe comme seule issue possible : je suis blanche ET noire. de cette acceptation fondamentale et salvatrice aux yeux du monde, j'ai pu accepter tous les paradoxes, comprendre l'importance de la survie et de la revendication du mode paradoxal. dans la pensée rationnelle occidentale, les paradoxes ne vivent pas longtemps, ils sont en général, rabottés, coupés, réduits à une plus simple expression (Barack Obama est noir, donc), parce que leur simple existence est logiquement insupportable.
quand on ne rentre pas dans les cases, et que l'on se refuse à se couper en deux pour y rentrer, on est un paradoxe vivant. quand je regarde autour de moi, je vois énormément de paradoxes, d'autres identités paradoxales, métisses ou autres, et j'aime ce que je vois. en revanche, je suis choquée de l'aveuglement pervers du monde occidental, et de son hypocrisie sans bornes dans son rapport à l'autre, qui ne rentre pas dans les cases. inutile de lutter contre le racisme si ce n'est pas pour commencer par l'emploi et la logique des mots qui l'imposent au quotidien.
parce que justement, Barack Obama n'est ni blanc, ni même complètement noir, et qu'il représente cette minorité des minorités occidentales, je ne crois pas qu'il soit élu demain. cela m'attriste et me désole pour l'avenir des Etats-Unis et les espoirs du Monde, mais les catégories racistes ont cette puissance de résistance, même face à la catastrophe. je le sais de l'intérieur.
Que dire alors de la métis grèque ?
http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9tis_(Gr%C3%A8ce_antique)
Selon Wikipédia, un être complexe... on est pas loin ;)
Keep the faith !!!
Rédigé par: Mr Boin | 04 novembre 2008 à 15:12
"La mètis consiste en particulier à « se mettre dans la peau de l'autre », à adopter un instant sa « vision du monde » pour imaginer ce qu'il ne va pas voir, ce qui va lui échapper. Une condition nécessaire au déploiement de la mètis est le plus souvent la nécessité de « sauver sa peau »." (wikipédia)
piste intéressante à développer absolument. merci.
keep the faith (ah oui, c'est vrai, tu es un optimiste, un optimiste désespéré et désespérant... ;) )
Rédigé par: mekameta | 04 novembre 2008 à 15:38
C'est marrant, je reflechissais sur le meme sujet ce weekend (les metis, pas Obama). Et j'en ete arrivee a peu pres aux memes conclusions que toi, nous vivons dans une societe raciste... Pourquoi est-ce qu'un metis dont un parent est blanc et l'autre noir est forcement qualifie de noir? On a autant de raisons de dire qu'il (ou elle) est blanc. Le probleme, c'est aussi qu'on ne demande meme pas aux enfants metis de choisir une couleur plutot que l'autre: generalement on leur impose le choix...
Rédigé par: Clara B. | 04 novembre 2008 à 18:56
merci Clara. ce post est encore un peu confus, mais j'avais besoin de l'écrire. je pense continuer à travailler là dessus, j'ai commencé des recherches plus approfondies... on verra bien où cela me mène. pourquoi en es tu arrivée à te questionner sur ce sujet? bisou!
Rédigé par: mekameta | 04 novembre 2008 à 20:26
Eh bien j'etais a l'anniversaire de la fille d'un ami de Michel, et cet ami se trouve etre metis (comme Obama, pere africain et mere blanche). Comme je ne connaissais pas grand monde et qu'il y avait peu de blancs, je me suis mise a reflechir sur le sujet des couleurs de peau...
Rédigé par: Clara B. | 06 novembre 2008 à 10:36
YES WE CAN !!!
Rédigé par: Mr Boin | 07 novembre 2008 à 19:36
je suis metisse, noire, blanche, arabe. je me sens très mal dans ma peau, car autour de moi, je ne suis pas acceptée entière. on ne reconnait que ma partie noire. je n'aime pas le monde dans lequel je vis. j'en viens à penser que peut-être les races ne devraient pas se mélanger. parce qu'il y a trop de souffrance pour nous. les gens veulent constamment nous emputer d'une partie de nous. c'est dur.
Rédigé par: coulo | 18 octobre 2009 à 07:33
je suis d'accord. le pire ce sont les blancs, qui refusent catégoriquement que l'on puisse revendiquer notre part blanche. en france par exemple, je serais à jamais l'africaine. je suis fière d'être africaine, mais je ne suis pas uniquement africaine. JE SUIS AUSSI EUROPEENNE. mais ce fait ne sera jamais admis. c'est triste! mais c'est ainsi, un européen doit être blanc.
les êtres humains sont bêtes....... vraiment bêtes.
Rédigé par: lena | 18 octobre 2009 à 07:43