le droit au décrochage

Un mois. en un seul mois, tant de choses se sont positionnées, précisées, décidées.
tout d'abord, des projets se sont rapidement et justement mis en place, pour ma plus grande joie.

tout d'abord, le KinéKlub, qui progresse un peu plus à chaque édition, sans que l'on puisse deviner où il va aller, ni ce que cela va donner. c'est une joie pure de participer et de faire grandir ce projet avec ma partenaire, "Ursula". notre mode de communication et de conception est d'une belle fluidité, nos envies se répondent et se poussent les unes les autres. c'est aussi et surtout un lieu de rencontres : idées, personnes, artistes, projets... c'est un projet générateur d'énergies!

ensuite, il y a le projet Echozine qui se construit très rapidement, mais dont je ne veux pas encore parler pour le moment... to be continued, soon...

ce retour à Paris s'est fait sur les chapeaux de roues, et cela n'a pas été sans dommages : relations distendues, remises en question, d'autres porteuses d'espoir et de créations, énergies renouvelées d'un côté et stagnantes de l'autre... le changement crée beaucoup de pressions, de tensions.

il y a un moment où le simple fait de "faire des efforts" pour peu de "résultats" tangibles, immédiats et gratifiants est quasiment insupportable. on voudrait juste courir le plus rapidement possible, et ressentir l'espace qui file à toute vitesse sous nos pieds...

alors, je revendique aujourd'hui mon droit au décrochage! je voudrais décrocher un peu de ma vie de trentenaire rangée (vie de couple depuis 7 ans, gagner de l'argent, petite vie de bobo parisienne) et parfois ennuyeuse pour autre chose de plus... "expérimental" dans tous les sens du terme. je vais avoir 35 ans dans quelques jours, et je me demande si je ne me fais pas LA crise que j'ai déjà identifiée chez des femmes de cet âge. je m'attendais à un désir incontrôlable de maternité, mais comme je ne fais pas les choses comme tout le monde, ça n'en prend pas le chemin (bien que je pense à la maternité avec tendresse... ce qui est bien nouveau!).

non. j'ai l'impression d'avoir passé ces cinq dernières années à construire de petites choses fragiles, des chateaux de sable qui ne me ressemblent pas plus que cela. du coup, j'ai bien envie de tout bazarder pour faire autre chose, et peut être même pas "construire" (whatever THAT means...).

explorer, gambader un peu, respirer de l'air frais, goûter des paturages inconnus... et continuer à monter mes projets, tout simplement. ce n'est peut être pas une vie complètement différente, c'est peut être un nouvel état d'esprit dans lequel j'ai envie (et besoin?) de me plonger complètement pour voir où il me mène.

je revendique le droit à me laisser guider par mes propres intuitions...
happy birthday to me.

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photo  : Lavieenrouge

so much beauty (Thailand 1)

Me voici de retour à Paris, après un mois de voyage en Thaïlande. mon premier pas en Asie. me voici remplie de tant de beautés que je ne sais pas comment les intégrer toutes en moi. peut être sont elles déjà en moi, simplement activées et désactivées selon les contextes, les personnes, les instants?

je m'étais bien habituée à cette humanité beige-dorée. cela me fait bizarre de retrouver les parisiens, mais je ne les trouve pas si mal finalement, presque fragiles derrière leurs lunettes de soleil (j'aime cette période de l'année où les parisiens éclosent comme des crocus, emmitouflés dans leurs manteaux d'hiver, avec un air de défi au Printemps...), polis, s'excusant presque de respirer... il y a eu un sacré contre-coup de crise à l'arrogance.

j'ai regardé, vu, senti, touché, ressenti et parfois même compris tellement de beautés en un mois de temps que j'en suis nourrie, profondément. c'est comme si j'avais été massée du cerveau, tout ce temps, comme si ce monde nouveau et pourtant familier avait construit une digue solide qui repousse les blessures inutiles. comme je l'écrivais hier à une amie, je ne savais pas ce que j'étais partie y chercher, mais c'est en remplissant les vides que j'en ai pris conscience.

tout d'abord, je me suis fait contaminer par la couleur. enfin! je comprends que j'entretiens moi aussi un lien avec la couleur, et ce pays me l'a tout simplement révélé, par la force! impossible de passer au travers, tout est dans un sens de la "surcharge" au sens de l'ajout systématique, de l'évitement de l'accord "parfait" (au sens asceptisé, trop contrôlé). toutes ces couleurs qui peuvent nous sembler exagérées voire artificielles existent réellement partout dans l'environnement, dans la nature : des roses fushia explosifs, des verts presque fluorescents, des rouges saturés, des bleus turquoises profonds, des oranges veloutés... tout s'accorde puisque tout se place au même plan, tout simplement. ça explose, dans la grâce, les harmonies sont des chocs, des frottements, des rencontres de sensations... du coup, j'ai acheté des kilos de tissus traditionnels thaïlandais pour illuminer ma maison, et j'ai fait le tri de mes pulls noirs en rentrant. je veux aussi exister et m'exprimer en couleurs. une vraie révolution!

ensuite, et parallèlement, j'ai vécu une très belle aventure humaine. mon contact avec les gens (en dehors des chauffeurs de taxi de Bangkok qui sont toujours au bord de la crise de nerfs)  a toujours été franc, sensible, direct, et souvent drôle. je fais rire les femmes thaï, c'est un fait. elles regardent la couleur de ma peau avec une pointe de curiosité (nous avions souvent la même!), me sourient largement, et la complicité est immédiate. elles me trouvent "bizarre" mais je dois leur renvoyer une autre image de l'étranger dont elles ont l'habitude. je suis un corps presque familier, comme intermédiaire, une nouvelle proposition qui a semblé leur plaire!

cette culture semble avoir une forte capacité à intégrer les "bizarreries". la société est très variée, complexe, quand on y regarde de plus près : les types de physiques, les identités sexuelles indéfinies, les couches sociales qui cohabitent directement dans les mêmes espaces, la culture mondialisée et les traditions (shopping centers / amulettes et photos du roi), les limites floues entre le privé et le public... tout cohabite et s'assemble. n'étant pas moi-même parfaitement "au carré", je m'y suis sentie à l'aise, à ma place. c'est aussi une culture indépendante, solide, qui a développé,  comme la France, cette résistance naturelle par la sauvegarde de ses codes, arts et habitudes alimentaires. d'ailleurs, les français y ont bonne presse (plus pour le football, mais les chefs thaï que nous avons rencontré étaient tous passionnés de gastronomie française, ce qui a grandement facilité les contacts).

ce voyage m'a aussi profondément fait réfléchir sur ma propre culture d'origine (mais qui reste finalement partielle, j'y reviendrais une autre fois). on apprend et comprend beaucoup de la culture occidentale (et mondiale) quand on la voit faire du tourisme. même si c'est un système où chaque partie, touristes et professionnels locaux, y trouve son compte, certaines scènes et habitudes touristiques mettent mal à l'aise. et ce, des deux côtés.

les abus et les prises en otage des touristes par un système qui les arnaque avec le sourire ont quelque chose de révoltant (comme cet appartheid de prix d'entrée de certains sites, par exemple, tout bonnement scandaleux). de l'autre côté le tourisme sexuel et l'import forcé d'habitudes et de produits qui entâchent des cultures et des environnements superbes sont tout aussi violents. peut-être deviennent-ils insupportables quand on est issu de la culture post-colonialiste à l'origine de ce tourisme de masse et que l'on participe momentanément à tout ce cirque en en ayant fortement conscience.

(à suivre...)

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remix & appropriation

les Antilles s'embrasent, et ce n'est pas étonnant...

Vue dans le Monde aujourd'hui, cette photographie qui résume parfaitement la situation complexe aux Antilles... cette explosion de violences dans les DOM a été déclenchée par de graves problèmes économiques mais révèle des problèmes identitaires et statutaires très profonds, historiques.

Dom-colonie

Quand je lis, dans les commentaires de lecteurs du Monde ou de Libé, notamment, ces petits cris scandalisés de métropolitains qui fustigent des abus du système (la France protectrice, nourricière qui perpétue cette image "positive de la colonisation"...) de la part d'antillais feignants (c'est bien connu, un nègre qui n'est pas esclave est forcément une charge, une feignasse qui engrosse sa femme pour obtenir des allocations!), ou qui proposent de donner l'indépendance aux Antilles françaises, sans comprendre que ces petits pays ont été pillés (et pollués) dans leurs sols, et qu'aucune indépendance n'est possible pour le moment (comme pour les autres pays qui ont été longtemps colonisés, mais la France ne se rappelle pas des sanglantes libérations de ses colonies et des conséquences que l'on paye encore aujourd'hui de ces pillages séculaires), je suis furieuse mais peu étonnée finalement.

La France est ainsi faite : hypocrite, myope et amnésique. elle est aussi profondément catholique, coloniale, impérialiste et xénophobe. on aime bien les étrangers qui s'intégrent et se convertissent, on aime bien les nègres qui travaillent, on efface l'histoire par du politiquement correct, on refait l'histoire avec de la philosophie de comptoir... 

pour mieux comprendre un des ressorts profonds de cette crise qui risque de très mal se terminer (les antillais se sont toujours battu pour leur liberté, ceci n'est qu'un échauffement!), il faut absolument voir ce reportage de Canal+, Les derniers maîtres de la Martinique.

Ces évènements, qui me ramènent en pensée sur le terre de mes ancêtres, m'aident à comprendre ce que l'on sait instinctivement en vivant en Métropole sans jamais en parler, on comprend bien ce statut "à part", complexe donc déreangeant que l'on a, en tant qu'antillais ou d'orgine antillaise, en France. finalement, cette "révolution intérieure" est très proche des émeutes dans les banlieues, en 2005 : crise identitaire larvée qui s'exprime enfin, statut "à part" dans la société française, absence de considération et d'écoute, mauvaise image sociale, incompréhensions voire rupture culturelle... on peut être certains que la répression de l'Etat va mener aux mêmes excès...


scintillation - xavier chassaing


SCINTILLATION from Xavier Chassaing on Vimeo.

la chanson d'Hélène - Romy Schneider

Spartacus Chetwynd (je suis fan!)

Spartacus Chetwynd est pour moi une bien belle rencontre, nourrissante, excitante, dé-complexante, follement stimulante, notamment pour ma propre pratique. entre peintures, performances, installations, cette artiste britannique dépasse les limites des média artistiques, des styles, des genres, et même des goûts et des dégoûts et élargit sans cesse sa propre pratique et notre perception du champ de l'art.

il y a du baroque là-dedans, de l'outrage, de l'humour (plus noir que burlesque ou comique), un regard critique aiguisé, et surtout une vraie liberté de ton, de pratique, d'adresse au spectateur. j'adore son travail de performances, ces costumes faits de papier, de tissus et de cartons, mais surtout ses installations de cartons qui ressemblent à la fois à des maquettes de décors d'opéra, et à des peintures de Chirico. 

Spartacus_chetwynd_lizard_side Spartacus-chetwynd

je poursuis mes recherches, et prépare un papier... :)

(vidéo : interview t
ank.tv)

world geek culture : un rapide tour du monde des derniers barcamps :) (Azerbaidjan, Thaïlande et Cambodge)

marvin gaye - inner city blues (Hughes Brothers video)

abd al malik - raconte moi Madagh / Gibraltar

Il y a quelques jour, j'ai acheté le dernier album d'Abd Al Malik, Dante. cela m'a redonné envie d'écouter l'album Gibraltar, petite merveille que j'ai eu le bonheur de voir jouer en concert.

aujourd'hui, dans une fin de matinée qui n'en finissait plus de s'étirer, j'ai écouté l'album Dante et j'ai pleuré à Raconte moi Madagh... il y a des mots qui sont dits et chantés dans ce morceau, il y a des mots qui sont en moi et que je ne dis jamais, que je m'oblige à ne pas penser...

Dante, c'est un très beau disque, profond, sincère, engagé oui, humain, philosophe, aimant. et plus encore... la foi, en l'humain malgré tout, en Dieu, en la richesse et le salut de la pensée, est très présente dans tous les morceaux de Dante. elle n'empêche pas la lucidité, les constats crus (sans rester froids), le regard clair (non plus juste critique). c'est un opus de maturité, de ce début de maturité que je pense traverser aussi, ce moment où l'expérience commence à devenir une vraie valeur, où l'on peut apprécier d'avoir grandi, où l'on sait que l'on ne sait rien, que peu de choses restent sous notre contrôle.

c'est aussi ce moment où, pour certains, la parole et la pensée se sont affermies, enflammées, embellies, où l'appétit d'accumulations extérieures a laissé la place à une décantation lente et régulière, où chaque jour des éléments tombent, prennent leur place, se confirment jusqu'à faire partie du paysage, ou bien se font oublier pour laisser la place à autre chose. c'est ce moment béni où l'on accepte d'être libre, de son passé, de son futur, de soi-même...

dans Gibraltar, il y a l'élan vers l'age adulte, l'énergie du départ, la beauté du recommencement. dans Dante, il y a la grâce et l'amertume de ce qui a été compris, appris, et souffert.


Découvrez Abd al Malik!

dante (abd al malik)

follow the yellow brick road (Wrangler "Ride" campaign - merci au Club du Style!)

Jeanne

Il se dégageait toujours de Jeanne une forte odeur d’eau de Javel. Tous les jours, en rentrant du jardin, elle se décapait les mains. Le rapport qu’elle entretenait avec son corps était distant et simplement factuel, hygiénique. A part les marrons glacés et la kleptomanie, je ne lui connaissais aucun plaisir.

A chacun de mes retours dans cette maison, il y avait de nouveaux objets. Quand je demandais d’où ils provenaient, Jeanne me répondait invariablement : « ça vient de Chine ».
Elle m’emmenait souvent au restaurant, munie de son grand sac noir en skaï, pour y mettre des couverts, des assiettes, des serviettes. Moi, ça me faisait rire, mais ma mère étouffait de honte. Quand nous étions seules toutes les deux, elle m’emmenait faire du shopping. Un jour que nous cherchions une paire de chaussures, elle a éxigé de la jeune vendeuse qu’elle me vouvoie. Je crois que j’ai gardé de ce moment une vraie manie des formules de politesse.

Jeanne ne supportait pas les vieux. Elle insultait les vieilles dames quand on faisait la queue au supermarché. J’adorais ça. Tous les jeudis, jour de marché, elle achetait à une très vieille femme des œufs frais dont le jaune était orangé et la coquille souillée de fientes et de plumes. Elle faisait cuire mon foie de veau en le déglaçant avec du vinaigre. Cette bonne odeur et le pschitt de la poêle, c’est ma madeleine de Proust à moi.

Dans sa jeunesse, sous l’occupation allemande, Jeanne a tué un homme. Un Allemand en uniforme fouillait son immeuble parisien. Comme il se dirigeait vers la cave, elle l’a suivi. Pour sauver le cochon que tous les habitants de l’immeuble avaient réussi à engraisser pour Noël, elle a pris une fourche et a planté le Monsieur. Quand Jeanne me racontait cette histoire, elle n’avait pas une once de remords dans les yeux. J’aimais sa force.

Jeanne détestait ses voisines. Après la guerre, son mari est rentré des camps avec une grave maladie pulmonaire. Il fallait quitter Paris pour un air plus pur. Jeanne la parisienne s’est retrouvée à Aurillac, en Auvergne, « chez les ploucs », comme elle me disait toujours. Tous les jours, sa voisine d’en face lui pliait le journal dont elle venait d’achever la lecture. Jamais elle n’a eu pour elle un mot gentil en retour, jamais Jeanne ne l’a remerciée. Elle ne tolérait guère que les rares fréquentations avec ces deux dames qui vivaient dans la maison d’à côté.

Madame André habitait avec Miss. Deux vieilles dames très gentilles, l’une toujours très apprêtée, avec de jolies boucles blanches, et l’autre très masculine, toujours en salopette, à réparer sa 4L orange. J’adorais Miss, elle m’amenait à la pêche, en été. Elle connaissait les coins de la rivière où on pouvait trouver des petits poissons pour faire des fritures. Je rentrait avec mon butin pour les gober tout rond avec du citron et de la mayonnaise.

Jeanne était misanthrope, et elle m’a en partie élevée. Elle me laissait vaquer à mes jeux solitaires, à fouiller dans les cagibis, à peindre, ou à barboter dans ma petite piscine. Elle m’adorait, ma sœur et moi étions ses préférées, et ça faisait grincer des dents. Quand j’étais sur ses genoux, je regardais le monde se découper dans la grosse pierre qu’elle portait au doigt et je lui disais : « tu as le cou mou, mais tu n’es pas vieille ! tu seras vieille quand tu auras une canne ! ». Quand je partais de chez elle, je lui cachais toujours un petit mot gentil. Ils sont tous avec elle, là où elle est aujourd’hui.

Je ne l’appelais pas Jeanne, mais du petit nom que l’on donne à sa grand’mère. Je suis heureuse qu’elle n’ait jamais cherché à être une Mamie-Gâteau. Et qu’elle n’ai jamais eu à marcher avec une canne. 

(article écrit et initialement paru en 2008, sur le site Ladies Room)

une maison

Au cours de mes voyages prolongés à Bruxelles et à Berlin, ces trois dernières années, je n'ai pas seulement exploré, réfléchi et travaillé (écrire, créer des images), j'ai aussi accumulé des objets. quand on s'installe de cette manière dans une ville que l'on aime, on en vient assez naturellement à chiner, tout d'abord en réponse à des besoins, puis par simple plaisir, coups de coeur, collectionnite aigüe...

à Bruxelles, ville idéale pour les amateurs de marchés aux puces et de vintage, j'ai accumulé quelques meubles et de la vaisselle rétro. en rentrant à Paris, j'ai tout emporté, y compris ce canapé deux places, négocié à l'Armée du Salut pour un prix dérisoire et qui aurait du rester en Belgique si je ne m'y étais pas profondément attaché... ce joli canapé en cuir marron m'a offert parmi mes plus belles siestes, et je ne pouvais pas m'en séparer comme d'un vulgaire... objet.

Bruxelles m'a offert aussi de grands moments de joie simple et absurde, avec les boutiques Les Petits Riens (équivalent d'Emmaüs, en bien mieux organisé!) grace auxquelles j'ai débuté de mini-collections d'objets, par style (la vaiselle années 50, les coquetiers aux couleurs flash), ou par thématiques (les verres à shot, les animaux de faïence blanche, mon premier pas dans la kitsherie, je ne m'en séparerais jamais!).

heureusement, tout est rentré dans le camion de déménagement, et tout est aujourd'hui stocké chez mes parents, dans des boîtes et des cartons. très peu de choses sont aujourd'hui utilisées dans mon quotidien, à Paris. signe de mon inconstance géographique? symbole de ma fuite perpétuelle loin de la France? dans ma chambre d'enfance, on trouve aussi quelques livres (mes inséparables, ceux qui ont survécu aux différentes crises de reventes, les balises de ma vie de lectrice), quelques cartons de vêtements et de chaussures (après ménage par le vide), mes archives de cours universitaires, deux grands cartons à dessins (avec mes premiers travaux, de mes 7 à mes 17 ans environ), la grande valise à appareils photographiques (où dorment gentiment Siegfried, Agathe et le Pola-sans-nom) et les meubles de ma grand-mère.

au décès de ma grand-mère Jeanne, j'ai été la seule de tous ses petits-enfants et arrière petits-enfants à "hériter" directement d'objets de sa maison. cela a fait grincer quelques dents, mais je suis heureuse que cela n'ai pas plus porté à discussion. j'ai donc hérité des meubles du salon de la maison d'Aurillac où ma grand-mère a passé une bonne partie de sa vie, entre la fin de la guerre et sa mort. elle et son mari les avaient fait fabriquer chez un artisan de la rue du Faubourg Saint-Antoine, juste au moment de leur mariage.

ce ne sont pas des meubles très précieux, mais j'y suis fortement attachée : le grand miroir au plomb me fascinait quand j'étais petite, je le trouvais très beau dans sa lourdeur, la profondeur de son éclat, les volutes de bois de son cadre; la grande table de bois massif était toujours recouvert d'une nappe et d'une mousse de protection, j'y passais beaucoup de temps, enfant, protégée dans ma "cabane". comment aurais-je pu laisser cette table à quelqu'un d'autre? la maison a été vendue il y a bien longtemps, ces meubles - surtout la table et les deux grands bahuts - sont mes seuls souvenirs d'enfance concrets qui me restent.

à Berlin, l'année dernière, j'ai chiné d'étranges objets qui m'attendent toujours là-bas : un ancien tourne-disque et une boîte lumineuse des annés soixante. tous ces objets chinés et récupérés sont tout ce que je possède et je viens de me rendre compte qu'ils pourraient parfaitement meubler une maison. en y pensant, ils constituent le contenant nomade d'une maison à venir. j'aimerai, en cette nouvelle année, les rassembler dans un lieu que je pourrais appeller Ma Maison, bien que je ne sache pas encore où elle pourrait se trouver (Berlin?). j'imagine les difficultés d'organisation, le camion plein, le risque que constitue le choix d'un point fixe où résider, mais l'idée s'impose à moi, avec une certaine joie. après tous ces voyages, peut être est-ce la réponse à mes questions de ces derniers mois, de ces trois dernières années...?

ps : je vous souhaite à tous et à toutes une merveilleuse année 2009, pleine de constructions, de projets réalisés et de questions surprises... ! with love.

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jordi colomer (1) (No Future - 2006 - extrait muet)

tiens...

... je me dis une quantité de choses en ce moment (pour ne pas trop changer). c'est toujours comme ça, quand je suis un peu en forme :

- je pense à la puissance des réseaux humains, à l'impossibilité de faire sans quand on veut produire, faire exister, proposer des choses. je dois m'y prendre un peu tard, mais rien n'est impossible, simplement complexe et difficile. comme apprendre une langue étrangère. (NB : pas d'alcool pendant les vernissages ou les manifestations mondaines. un petit verre pour "tremper ses lèvres", sinon, on frôle la catastrophe...). ça demande avant tout une vraie concentration, de dire des choses intelligentes à des inconnus, de savoir se comporter en public tout en ayant l'air décontracté, de savoir être absent ou présent au bon moment.

- les relations humaines, leurs degrés de profondeurs me fascinent toujours autant, mais commencent aussi à m'affliger. on me parlera de pessimisme, je répondrai : "montrez-moi quelque chose que je ne connais pas!". j'attends toujours LA surprise, celle qui me fera ravaler mes doutes... c'est pas gagné. parfois, un mot de travers, une association d'idées malheureuse peut tout détruire, en semant simplement le doute. comment ne pas avoir de doutes, dans un monde (celui des relations, actuellement) où est mouvant, implacable, contradictoire (rester léger / être profond, s'investir / fuir, etc...)?

- j'oscille très vite entre une joie réelle d'être-avec et le rejet immédiat, notamment de la foule, du groupe, de la société. le petit format de société parait me convenir, inutile (sauf dans le cas de réflexion/pratique de la notion de réseau, d'où la difficulté de l'exercice) de chercher plus loin, de se contraindre à être quelqu'un d'autre. d'ailleurs, être qui, au juste?

- ceci n'était pas une fuite, mais une profonde incompatibilité de départ. si je quitte ce pays régulièrement, si je cherche à voyager si fréquemment (plus que beaucoup, ou sous tous les prétextes), ce n'est pas juste en quête de lieux plus "confortables" pour moi, ce n'est pas uniquement pour trouver "mieux", puisque cela ne saurait exister. non, je ne suis tout simplement pas d'accord avec ce pays, profondément et d'autant plus aujourd'hui que je détiens tout un éventail d'outils pour comprendre, analyser, comparer, anticiper. je vois beaucoup d'absurdités, de violences sourdes, d'inertie, d'acceptation passive et d'incomprehension (à commencer par la mienne!). rien à faire, je dois reprendre la route, avec cette certitude au fond de mes tripes : je pars respirer ailleurs, même si une bonne part de ma vie est enracinée ici. je ne suis simplement pas d'accord pour donner autant à une ville qui ne donne rien, à un pays qui tente de me contrôler et me vole.

- les émotions ne sont pas fugaces, elles vivent en permanence en nous, se fixent sur des cordes sensibles, s'enroulent, s'endorment, mais ne passent pas. elles se ramifient les unes dans les autres, restent en sous-marin, en sous-cutanée, mais jamais ne disparaissent. il est si complexe de les sentir, de les comprendre, de se souvenir d'elles, parfois, qu'on les ignore. mais il suffit de poser ses doigts sur elles, tout doucement, et de parcourir leurs corps noueux, pour appréhender leur profondeur, se rapprocher de leurs racines. nous.

- je me suis mise au travail. je remets la machine en route, je lui donne de la nourriture, je vais la gaver de bonnes et justes choses. un régime bien dosé à base d'art ciblé, d'architecture, de rencontres précises, de questionnements, d'idées. et les idées se ramifient les unes aux autres, comme les émotions, la pensée avance, elle pousse quand on lui en laisse la possibilité (air, terre, eau). je dois suivre les ramifications de mes idées, je dois suivre un fil rouge qui s'est compressé et emmêlé en une pelotte très compacte. cette pelotte a vecu sa vie à l'intérieur de moi depuis 4 ans. y'a du boulot, mais c'est aussi excitant qu'un polar. en plus, je ne sais pas si je vais avoir le courage d'en faire un pull, moi, de cette pelotte rouge. que l'esprit de Gordon soit avec moi!

Matta-Clark 

Gordon Matta-Clark, alive & kicking. with love.

the whitest boy alive - golden cage

peace! (yes, we can)

le nouveau service public, par Stéphane Guillon (France Inter)

we are animals

Une ambiance nocturne sans artifices, des corps à peine visibles, une esthétique presque lynchéenne, et surtout un silence surprenant dans le contexte de la mode contemporaine... j'adore cette campagne pour les jeans Wrangler.

C'est probablement une des campagnes les plus "osées" que j'ai pu voir, ces derniers mois. Osée au sens où elle prend de nombreux contre-pieds à l'imagerie de mode, et qu'elle exprime des émotions et du sens avec justesse, sans jamais tomber dans la vulgarité. Qui peut en dire autant?

J'ai lu, par ci, par là, de hauts cris poussés après cette campagne publicitaire, mais je ne les comprends pas. Misogynie? pourquoi, alors que le spot nous montre explicitement une "femelle" peut-être en chasse, aux aguets, se désaltérant, puis en rencontre avec deux autres spécimen (probablement "mâles", mais rien n'est réellement visible)?

Pourquoi cette campagne irait trop loin? Pour cette idée d'animalité? Pour faire silence autour d'un corps en mouvement? Pour avoir scrupuleusement évité toute narration? Finalement, n'irait-elle pas "trop loin", en sortant du cadre de l'imagerie de mode?

La marque aborde le vêtement, son produit, comme une peau, une protection naturelle dont l'humain aurait depuis longtemps oublié l'usage, une excroissance, ou une carapace. C'est bien la fonction essentielle de ce produit mythique, qui fonctionne selon ses propres codes, au delà de la mode.

On nous montre le corps dans son élément : humide, boueux, voire assez hostile. Malgré tous ses efforts de contrôler la nature, en dépit de tous ses accessoires culturels, l'humain est renvoyé à sa réalité symbolique : un mammifère dans sa fange. Même si l'urbain est devenu le milieu naturel de l'humain au XXIème siècle, il n'en reste pas moins ce qu'il est : une jungle dense, un marais puant, une forêt inhospitalière, une mangrove dangereuse...

L'animalité humaine est montrée ici dans toute sa grâce et non pas dans sa violence. Un corps souple, en mouvements doux et denses, dans sa chorégraphie quotidienne. Éclairé partiellement par des balayages de lumières artificielles (des phares de voitures? des éclairages urbains?), ce corps semble s'être échappé d'un carcan étouffant pour exprimer l'essentiel : explorer, boire, sentir, communiquer.

Ce qui m'interpelle le plus dans cette campagne, c'est le silence du film. Seuls les sons "naturels" du corps en mouvement sont audibles, loin des beats et des hurlements de la mode et de la publicité. On nous demande ici de deviner et de sentir, plutôt que d'absorber passivement. Le spectateur est maintenu à distance du sujet du film, comme dans un documentaire animalier : dans le silence de l'observation, la magie animale opère, on retient son souffle... Merci au Modalogue pour sa jolie analyse, et pour l'inspiration sur cette bien belle campagne!

(billet original dans mon blog pro)

 

cycle post-graduate international de création - IFM - une vidéo!

une vidéo qui parle, entre autres, du cycle international de création de l'IFM! le reportage a initialement été diffusé sur France 24.

on y voit deux de mes anciens étudiants (j'enseigne à l'IFM dans ce cycle international de création depuis plus de 6 ans!), la nouvelle promotion que je ne connais pas encore, et ma patronne Franc' Pairon.

un petit reportage intéressant qui met bien en lumière les enjeux de la création de mode aujourd'hui, et la complexité des attentes et des besoins en matière d'enseignement dans ce domaine.

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photo : Audrey Bartis.
"mon workshop "branding" @IFM, international fashion design program, promotion 2007."

34 999 personnes ... et moi (I love techno @Gent, Belgium)

Le 15 novembre 2008, je suis allée à la grande soirée I Love Techno, à Gent, en Belgique. à cela, rien de très original, me direz vous, c'est ma deuxième fois à quatre années d'intervalle.

la différence avec la dernière fois? j'y suis allée seule, têtue comme je suis, à ne pas vouloir abandonner ce projet à cause du manque d'organisation de mes petits camarades (la soirée était sold-out quand ils ont voulu acheter leurs places...), et bien décidée à en découdre, à nouveau, avec Ritchie Hawtin.

Veni Vidi Vici. voilà, j'ai fait ma connerie. il me fallait bien un plan bizarre - puis carrément galère - pour comprendre que j'avais changé, et qu'il me fallait passer à autre chose. en fait, je suis déjà passée à autre chose, mais les raisons qui m'ont poussées à me mettre en danger (marcher 20 minutes dans une zone industrielle de Gent, à 4h du matin, en plein mois de novembre...) sont complexes, retorses, multi-facettes.

la musique, bien entendu, est la meilleure des raisons officielles. la volonté de ne pas renoncer pour les autres était plutôt saine, mais pas dans le bon contexte. la facilité de mouvement dans un évènement de cette envergure est garantie, quand on y va seul(e). je ne peux que confirmer ce point. procrastiner, faire autre chose que ce que je devrais faire en ce moment? m'épuiser physiquement au point de ne pas pouvoir récupérer de la semaine (ou vaguement), ça ne ressemblerait pas à un gros acte manqué? si.

la bonne nouvelle, c'est que j'ai passé globalement un bon moment (surtout dans le manoir où j'avais réservé une chambre et pris un délicieux repas!) et qu'en rentrant, pouf! j'ai écrit d'une traite sur le projet qui me travaille actuellement!
comme le disait Godard dans un de ses derniers films : "quand je pense à quelque chose, je pense à autre chose...". dont acte.

du coup, pour m'occuper, j'ai fait des photos...

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l'humeur vagabonde - dans l'intimité de mon oreille

A tous ceux et celles qui ne connaîtraient pas encore cette émission de France Inter, je ne saurai que trop la recommander.

que l'on aime ou non passionnément la littérature ou les arts, l'Humeur Vagabonde est avant tout, comme son nom l'indique, une invitation à la découverte et au voyage de la pensée. c'est toujours une saine dose d'humanité et de beauté de prise, pour soigner de la course du Monde.

on s'émeut, on apprend, on comprend, on rit. on écoute, avant tout.

c'est une émission que j'écoute dans le train, sur mon ordinateur. j'ouvre mes podcasts dans mon lecteur, je mets mon casque, et je m'offre une heure de pur bonheur. le générique est magnifique, Kathleen Evin est accueuillante et pertinente, les invités toujours merveilleux, à leurs façons, les voix qui disent les textes magiques, ...

on peut s'abonner au podcast, retrouver le programme et les archives, là...

allez-y, écoutez, il y a des bonheurs uniques que seule la radio peut offrir, dans la discretion et le grain de la voix, dans l'intimité du creux de l'oreille...

master class 1

étrangère à sa propre vie 2 (passage à l'acte)

"A quel moment avons-nous commencé à ne plus communiquer, à ne plus être ensemble? nous sommes devenus des étrangers familiers, comme les citoyens de deux pays partageant une même frontière. notre espace commun est devenu un champ de bataille, un territoire où les conflits s'enflamment à la moindre étincelle : notre refuge prend désormais feu tous les jours. il y a eu un moment où nos deux vies sont devenues des fictions l'une pour l'autre. tu sembles si heureux, ailleurs, là où tu coures le matin, avec ce regard soulagé. je dois te sembler si peu attirante, avec mes angoisses et mes questions. c'est un désaccord profond qui a remplacé notre union, un courant d'air a remplacé notre force. ce sont ces absences dans la vie de l'autre qui ont construit un vide d'abord invisible, puis ce grand trou qui mange les parois de notre maison. je dis que c'est fini, parce que cette union est brisée. rien n'est pire que l'indifférence quand on s'est aimé si fort. rien n'est pire que le rejet quand on a connu la tolérance infinie de l'amour.

tout, plutôt que te voir encore partir le matin, avec ce "bonne journée" qui me tord les tripes.
tout, plutôt que de te sentir obligé de rentrer le soir, avec ta triste mine d'homme martyr.
tout, plutôt que de m'entendre encore poussée dehors, "pour mon bien".
tout, plutôt que de vivre avec ce cadavre de relation."

Anonyme

Light1_2

(photo : Berlin, exhibition space, Audrey Bartis, 2008)

miriam makeba (for wagner, thinking about you and your sadness today)

Miriam Makeba has died yesterday. Dear Wagner, I am thinking about you who loves her music. I found this video for you, and enjoyed looking at her body and face moving to makes music and soul fly out of herself.
your Negresse, with love.

my work - boxlight worksites 1


Boxlight-worksites1a
envoyé par mekameta

Une vidéo d'un travail personnel fait à partir de photographies et d'un objet lumineux secret!...
dans la série du travail sur le chantier, entamé en 2005-2006...

my work - extasy (vidéo 1)


Extasy1c
envoyé par mekameta

Un travail personnel, une vidéo faite à partir d'une "analyse" au calque, sur différentes "extases", notamment de Sainte-Thérèse.

un autre travail au calque : "analysis is love" - 2006

my work - I am much more than you think (vidéo 1)


IAMMUCH4a
envoyé par mekameta

Un travail vidéo personnel à partir de calques.

un autre travail sur calques : "Analysis is love", 2006.

I AM FUCKING PROUD!!!!

J'en ai pleuré à chaudes larmes, ce matin. je suis super fière de ce pays, où, en effet, "tout est possible".
je suis fière aussi qu'un métis ai gagné cette bataille (parce qu'il n'est toujours pas noir...).

Mr Boin a raison, j'étais une sale pessimiste, et je suis heureuse de le reconnaitre...

FÉLICITATION À TOUS LES AMÉRICAINS, ET À MR OBAMA!!!

métis, identité paradoxale

Barackobamabw_2 Barack Obama n'est pas noir.contrairement à ce que les média du monde entier peuvent écrire à l'envi, cet homme n'est pas noir, je ne suis pas noire, le métissage est "autre chose" qu'une des deux couleurs qui composent le mélange.

un métis ou une métisse est une personne issue d'un mélange génétique. a y regarder de plus près, nous sommes donc tous métis, mais il s'agit d'une catégorie raciste qui a encore une importance fondamentale. le fait d'identifier un métis comme "noir" est le comble de cette catégorisation racistes des personnes "autres".

Barack Obama est un homme politique, avant tout. bien entendu, sa couleur de peau est inédite dans ce contexte de campagne présidentielle américaine et c'est cette situation innatendue qui révèle le racisme de l'Occident. en précisant sans cesse que ce candidat est noir, on fait non seulement fausse route, mais on montre toute la perversité du racisme occidental.

la société de castes (sociales, raciales, ...) américaines a besoin de ce qualificatif pour le mettre dans une case déjà établie, car elle fonctionne justement sur ce principe d'exclusion / intégartion : en tant que métis, on n'appartient à aucune caste pré-établie historiquement. en fait, le métis ou la métisse est l'aveu de l'impuissance du système de castes, la preuve de son inexistance factuelle, le signe encore honteux de sa faiblesse : il existe des "bâtards", des êtres qui naissent de l'union de personnes que l'on ne destinait pas à s'unir. il a fallu créer une catégorie pour nommer et identifier ces personnes qui défient les lois de la morale et de la logique. les métis sont des bâtards "visibles", puisqu'il s'agit de stigmatiser la différence de couleur de peau entre les parents, mais aussi "à stigmatiser" au cas où les plus clairs d'entre eux puissent passer pour des blancs (ou des noirs) - donc rester "invisibles".

le mot "métis" est donc à la fois un mot qui marque et qui efface la différence. c'est un mot qui définit un paradoxe, des paradoxes, et en cela, sa place dans la culture occidentale est aussi inatendue que la chose qui en a necessité la création. il est quasiment impossible de faire survivre un paradoxe dans la pensée rationnelle occidentale. le système de castes est tout aussi rigide dans cette cognition culturelle : on est noir OU blanc. ainsi, Barack Obama est noir, même si il est issu d'un mélange.

quand on est (naît) métis(se), on n'a pas le choix de sa couleur, elle est déterminée par le contexte (par rapport à un environnement blanc, ou noir). ce contexte nous place automatiquement dans la case "autre", et pour aller au plus simple, dans la case "nègre" (ou "chinetoque", ou "arabe", ...etc), car la société primitive des enfants ne s'embarasse pas de détails. à l'enfance et sa catégorisation sauvage que l'on accepte malgré soi, s'ensuit la très lente prise de conscience de sa propre identité.

faire un choix de couleur, pour un(e) métis(se), revient à faire un choix sur son origine/identité, entre la couleur de son père et celle de sa mère. cela revient à demander de faire un choix que l'on ne demande à personne d'autre. il ne viendrait à l'esprit de personne de dire à un petit français blanc breto-landais : "tu es breton OU landais". personne n'a en général à faire ce choix, et c'est pourtant ce que l'on demande aux enfants métis "visibles". en fait, être métis n'est pas complexe en soi, c'est d'accepter ou non d'être catégorisé par la couleur d'un de ses parents, comme si on était issu d'un seul des deux. il s'agit d'une absurdité biologique qu'on nous renvoit indirectement à la figure. il fallait bien une catégorie absurde pour signifier l'inacceptable.

avec le temps, beaucoup de temps, j'ai fini par accepter le paradoxe comme seule issue possible : je suis blanche ET noire. de cette acceptation fondamentale et salvatrice aux yeux du monde, j'ai pu accepter tous les paradoxes, comprendre l'importance de la survie et de la revendication du mode paradoxal. dans la pensée rationnelle occidentale, les paradoxes ne vivent pas longtemps, ils sont en général, rabottés, coupés, réduits à une plus simple expression (Barack Obama est noir, donc), parce que leur simple existence est logiquement insupportable.

quand on ne rentre pas dans les cases, et que l'on se refuse à se couper en deux pour y rentrer, on est un paradoxe vivant. quand je regarde autour de moi, je vois énormément de paradoxes, d'autres identités paradoxales, métisses ou autres, et j'aime ce que je vois. en revanche, je suis choquée de l'aveuglement pervers du monde occidental, et de son hypocrisie sans bornes dans son rapport à l'autre, qui ne rentre pas dans les cases. inutile de lutter contre le racisme si ce n'est pas pour commencer par l'emploi et la logique des mots qui l'imposent au quotidien.

parce que justement, Barack Obama n'est ni blanc, ni même complètement noir, et qu'il représente cette minorité des minorités occidentales, je ne crois pas qu'il soit élu demain. cela m'attriste et me désole pour l'avenir des Etats-Unis et les espoirs du Monde, mais les catégories racistes ont cette puissance de résistance, même face à la catastrophe. je le sais de l'intérieur.

REINHARD!!! ... (encore un live orgasmique de note ami Reinhard, hier soir... pour les absents, une ancienne vidéo)

let there be house!

Il fallait que cela arrive : les vieux de la vieille House sont de retour!
quel bonheur!

est-ce le signe d'un cycle qui s'ouvre? le réveil d'une génération de trentenaires qui s'ennuie? l'exploitation d'un bon filon? un retour de passion dévorante? le succès des réseaux sociaux?

depuis plusieurs semaines, je constate à Paris une floraison très nette de soirées "classic house", programmant des artistes dont on n'entendait plus parler (et que l'on entendait d'autant moins) depuis une bonne dizaine d'années.

Jeff Mills, Joe Clausel, Little Louie Vega, DJ Deep, Jef K... autant de noms qui ont titillé mes oreilles et mes pieds, dans ma période de clubbing intensif et obsessionnel. car j'écoute cette musique depuis mes 15 ans, année de ma première rencontre (purement fortuite) avec la techno et les raves. c'était il y a... (damn!) 19 ans! ben ouais.

oui, j'aime danser, encore. je ne récupère pas aussi vite, c'est certain, mais c'est la seule différence que j'ai pu remarquer dans mon comportement nocturne. je sors beaucoup moins souvent, car la musique ne me plaisait plus vraiment (je déteste le son crillard de l'electro, les Justice & co), et car je me sentais franchement décalée au milieu des midinettes à franges / gamins en slim.

en rappelant la vieille garde des DJ stars de nos jeunes années, les organisateurs de soirées visent juste, à différents niveaux :

- les trentenaires (ceux qui ont sortaient dans les années 90 et essuyaient les plâtres d'une culture électronique qui a duré plus d'une génération) s'ennuient. ils ont foncé dans la vie active, boboland, les enfants, parfois même le succès, et crac, ils s'ennuient maintenant. génération bénie et maudite à la fois, pionnière des technologies (non, ce n'est pas un hasard), du Web, de nouvelles formes de socialité, mais aussi maudite par les crises et le chômage, les valeurs de ses parents qui s'effondrent et la responsabilité de sauver les meubles. la pression est énorme, les midinettes à franges / gamins en slim les snobent, leurs parents gambadent dans les champs de la retraite, en pleine insouciance (egoïsme). c'est la merde, les trentenaires ont l'habitude, ils encaissent et nettoient les dégâts en ronchonnant. alors oui, si on leur rend leurs jeunes années, la légèreté du dance-floor et les orgasmes musicaux, les trentenaires vont en redemander. personnellement, j'en veux, j'en ai toujours voulu, j'en veux encore.

- il ne s'agit pas de n'importe quelle musique, mais de House Music. c'est la partie la plus "soulful", sexy et groovy des musiques électroniques. c'en est en fait la mère. c'est aussi une musique black, que l'on redécouvre comme telle avec le recul. on l'écoute aujourd'hui comme plus proche du jazz, de la soul, du funk. on la goûte comme un plaisir longtemps interdit ou oublié, on redécouvre le plaisir de danser par le bassin et les fesses, pas seulement par les pieds. en ces temps de crise et d'explosion de nos repères, on a peut être envie qu'une voix de femme noire tienne une note comme un long orgasme, on a envie qu'elle nous hurle des mots de paix et nous invite à danser avec elle. je veux lever les bras en l'air, moi. je veux hurler mon plaisir en transpirant comme une bête. je veux fermer les yeux et sourire à ma partenaire de dance-floor (hein, mon lapinou!).

- la musique actuelle est mauvaise, il était temps que l'on nous sauve de Justice et des DJs parisiens qui ne savent pas mixer. rappeler nos idoles des nineties, grande idée, surtout que la sélection se fait clairement dans l'élite! il s'agit toujours d'artistes rares, talentueux, que l'on imagine ravis de revenir à la charge, et que l'on attend avec impatience.

les gars, au boulot, et Let There Be House!

Freddie Mercury's body

Freddie Mercury Vocal Improvisation in Milton keynes 1982

[via FoxyTunes / Freddie Mercury]

mon premier mix vidéo : "arovane dream" (on MixTheWeb)

Supertramp - It's raining again / Dreamer (je pense à Supertramp depuis dimanche... oui, je sais, c'est bizarre)

color psychopath 1 (les gammes de couleurs, c'est un truc de maniaque, et j'adore ça...)

smile, darling!
Color by COLOURlovers

why is that?
Color by COLOURlovers

krousos
Color by COLOURlovers

carsten nicolaï (hier était le jour de chance où j'ai eu la dernière place pour le concert!!...merci à mon ange gardien!)

music jewel (apple is a fashion brand)

Photo_81_2

playlist de rentrée 2008 - "Therapy"


Découvrez Madcon!

"why so serious?" - The Dark Knight (Christopher Nolan, 2008)

Ce film est une merveille, là dessus, je ne vais pas être très originale. j'ai entendu ici et là des critiques sur l'aspect complexe de ce film. certes, ce film est dense, complexe, parfois même énigmatique, mais c'est ce qui fait tout son charme, et aucune question ne reste sans réponse, dans le temps du film. donc, à moins d'avoir eu simplement envie d'une version noire de Spiderman et de ne pas pouvoir se concentrer cinq minutes sur un film, pas d'excuse.

c'est un film tortueux, torturé, qui parle justement d'un monde (et d'humains) tortueux et torturé par ses propres démons. ici, le "mal" ne vient pas réellement de l'exterieur, il est décrit comme potentiellement à l'intérieur de chacun. Batman est humain, qu'on se le dise, et cet "épisode" de son épopée correspond au deuxième basculement de son existence (le premier étant le meurtre de ses parents) vers cette conscience-là et son combat contre ses propres démons.

le personnage du Joker est à la fois le psychopathe ultime et une représentation absolument passionnante de plusieurs "couches" narratives du film : bien entendu, il est le "méchant", et à ce titre, il devrait être l'anti-Batman, mais, comme il l'explique très bien dans le film, ils sont plus semblables qu' antagonistes, ils sont tous les deux des "freaks" que la société stigmatise. il poussera Batman à frôler toujours plus la limite de ses principes. c'est ici que se situe le vrai combat; le joker est aussi la figure du chaos et de la puissante énergie qui émane du chaos. ce film est très peu moralisateur, au final, c'est ce qui fait sa force et lui confère une dimension inattendue; le joker est surtout une figure très précise du terroriste. à travers lui, le film distille une critique de la société de la peur dans laquelle nous sommes tous ensevelis. il analyse très finement le processus même du terrorisme comme pratique, comme représentation et comme idéologie.

enfin, en bonne sémiotruc, je me suis vivement intéressée à une autre figure : celle du bâtiment en flammes qui s'effondre. à deux reprises, on voit des images de bâtiments en flammes, des décombres, et des pompiers. une vue en plongée de l'hôpital effondré rappelle clairement les images du 11 septembre. je me suis demandée à ce moment-là si cette figure n'était pas devenue le symbole emblématique de la catastrophe pour la culture américaine (globale?), comme le tsunami l'a été pour le Japon ancien (dans les estampes).

I feel it all - Feist (je suis en Feistherapy)

I need you tonight / mediate - INXS

un jour (into the wild, again, but for more)

Dans vingt ans vous regretterez davantage les choses que vous n’aurez pas faites que celles que vous avez faites. Alors n’hésitez pas et larguez les amarres. Quittez votre port d’attache. Faites gonfler les voiles. Explorez. Rêvez. Découvrez. – Mark Twain

étrangère à sa propre vie

Un jour, on rentre chez soi. on rentre dans la petite boîte de son existence habituelle, et plus rien n'est pareil. on se dit que c'est passager, que c'est le retour "de vacances", que tout devrait rentrer dans l'ordre rapidement, et puis... non.

c'est une couche supplémentaire de personnalité que l'on vient d'acquérir et qui doit s'emboîter sur les autres. c'est douloureux, et fatigant. c'est le regard qui a changé, le fond de la rétine, la résonance du corps tout entier dans l'espace. parce que j'ai fait l'expérience d'une presque totale liberté, parce que j'ai vu et ressenti la nature pleinement, 24 heures sur 24 dehors, à dormir sur la plage, à vivre dans un monde réduit magnifiquement à l'essentiel, c'est ce qui m'arrive.

je n'ai pas vraiment envie de parler, en fait. pas envie de socialiser sans profondeur, juste envie de terminer mon travail en cours et préparer le prochain voyage. juste laisser ces sensations nouvelles se solidifier dans mon corps et dans mon esprit. laisser cette chose séminale se distiller dans tous mes capillaires...

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Découvrez Beirut!

into the wild (sean penn, 2007)

@Lesvos Island (Into the Wild)

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@ Casablanca

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avant de partir, important! : pour les cosmétiques, passez au bio!

Normalement, la Sémiotruc que je suis ne conseille jamais d'acheter quoi que ce soit. je n'ai généralement pas d'avis à partager sur la question... j'ai mes TOC de consommation, comme tout le monde, souvent alternatifs, qui finalement ne regardent que moi. je ne me sens pas souvent autorisée à donner des conseils sur la façon de dépenser son argent, mais là, je tenais à témoigner de mon "passage au bio" en matière de cosmétiques, et vous faire partager mon enthousiasme.

J'ai commencé tout doucement, avec des huiles capilaires (la Sémiotruc a les cheveux secs, oui), et des crèmes "contour des yeux". puis je me suis renseignée de plus en plus, sur les marques, les produits, les avis des client(e)s. c'est essentiellement dans la blogosphère que l'on peut trouver des informations intéressantes, à la fois sur la dose infernale (quasi totale) de produits chimiques dangereux que l'industrie cosmétique place dans nos produits d'hygiène et de beauté quotidiens, mais aussi sur les marques et les produits alternatifs issus de l'agriculture biologique (et/ou le commerce équitable. ce n'est pas la même chose, mais les deux sont importants, et souvent complémentaires).

L'équation est complexe : nous exigeons du confort aboslu, de la coquetterie, et de bons produits, tout en évitant de polluer à la fois la nature (en laissant des cochonneries de produits chimiques dans nos égouts) et notre corps (en l'oignant, tous les jours de produits cancérigènes comme les paraben).

quand une femme parle de "bon produit" il faut comprendre qu'elle n'exige pas exclusivement de lui une réelle efficiacité, mais aussi du plaisir : textures agréables, parfums gourmands, toute une expérience sensorielle à laquelle l'industrue chimique l'avait habituée (et rendue un peu accro, il faut le dire...).

aujourd'hui, je peux en témoigner, les cosmétiques Bio réussissent à résoudre cette équation. et souvent même un peu plus!

depuis quelques jours, j'ai réussi à remplacer tous mes produits d'hygiène et de soin (il manque encore le maquillage, mais je n'ai pas encore fait les recherches nécessaires) habituels par de très bons produits bio, et franchement, j'en suis ravie.

ceux ou celles qui croient que les produits bio sont plus chers, devraient tester les produits Melvita ou Cattier; ceux et celles qui pensent que les produits bio ne sont pas sexy devraient aller renifler certains produits de plus près (mmmmmh, la gelée gommante à l'orange et au sucre de canne de Melvita, on en mangerait!); ceux ou celles, snobs, qui pensent que "luxe" et "bio" ne vont pas ensemble ne connaissent pas la marque Dr Hauschka. il y en a pour tous les goûts, tous les styles et toutes les bourses (certaines marques proposent même des formats familiaux de shampoing et de savon liquide), les packagings sont de plus en plus jolis et les parfums franchements sympathiques (moi, j'aime bien les odeurs de plantes, d'herbes fraîches, de fleurs, alors, forcément...).

alors, voilà, je le dis haut et fort : "les filles, les gars, passez au bio!!!"
c'est bon (pour nous, pour la Terre), c'est beau, et en plus, ça fait une jolie peau...

et vive la bio-geek attitude ;))
(à la rentrée, une liste de bons blogs de cosmétiques bio, pour que chacun et chacune se fasse un avis!)

pause musicale et estivale! see you en septembre...

Je pars... entre une grosse mission et un séjour en Grèce (mmmmmmh, les îles grecques!... art, conversations, et mer...), je ne vais pas être dans le coin. Sémiotruc va faire une longue pause.

en attendant, je vous offre cette vidéo de l'expérimentation opensource de Radiohead, sur House of Cards (album In Rainbows).

que votre été soit doux et beau... :)

worksite-paper-Audrey Bartis-mars2008

  • Worksitepaper562
    première production - WORKSITE - PAPERWORKSITE 1, 2, 3 et 4 Berlin, Mars 2008 Audrey Bartis

boxlight-worksite-avril08

  • Box1
    Audrey Bartis - Boxlike Worksite- AudreyBartis-avril 08

IFM-2007-jury module 4 (students, jury, staff)

  • Ifm14
    Jury du module 4 de l'International PostGraduate Fashion Design Program @ l'IFM (Institut Français de la Mode), Paris, 8 novembre 2007. students, jury & staff. photos : Audrey Bartis.

performing art theory

gordon matta-clarck

  • Cut4gmattac
    des images extraites du très beau livre "Gordon Matta-Clark", de Thomas Crow, aux éditions Phaidon

mai 2009

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